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thème actuel : Le prochain séminaire de l'Agora aura lieu le lundi 8 avril 2013 à 10 heures à la Médiathèque.

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Nous avions annoncé la venue de Marie-Christine Laznik, que des raisons de santé ont contraint à renoncer. Comme l’association ARECS organise un colloque en fin d’année, il a paru judicieux de commencer à ouvrir les questions qui y seront abordées.

Psychanalyse et désaliénisme - Franck Chaumon -

Dans son article célèbre « Analyse avec fin et analyse sans fin » (1937), Freud a eu cette formule : « Il semble presque qu'analyser soit le troisième de ces métiers ''impossibles'', dans lesquels on peut d'emblée être sûr d'un succès insuffisant. Les deux autres, connus depuis beaucoup plus longtemps, sont éduquer et gouverner ».
Impossible d'obtenir un résultat qui satisfasse quand on se propose d'éduquer, de gouverner ou d'analyser - et on pourrait bien sûr dire « de soigner ». La satisfaction n'est pas possible dans l'ordre des pratiques humaines, pour autant qu'elles ne prétendent pas gouverner, éduquer, soigner selon la seule rigueur de la science ou de la gestion.
On peut même dire que c'est précisément pour cela que la question éthique est au cœur de ces pratiques. Car la tentation récurrente de ces « métiers », c'est de faire comme si ils pouvaient régler la question. Dans le soin, dans l'éducation, dans le gouvernement des hommes, revient sans cesse ce rêve - ce cauchemar - d'un triomphe sur ce réel. Le médecin dans son acharnement (le nom latin témoigne du fait aussi ancien que la médecine : furor sanendi, furieuse volonté de soigner, coûte que coûte), l'éducateur dans sa rigueur orthopédique, le politique dans son délire de changer le peuple qui résiste à son projet, montrent cette passion toujours à l'œuvre. Chacun de nous a connu cela, comme patient, comme élève, comme citoyen. Chacun de nous, qu'il le sache ou pas, porte en lui cette tentation comme professionnel.
Non seulement la psychiatrie porte en son sein cette même question, mais elle la pousse à son terme car la folie ne saurait faire barrage à la raison. Le patient qui ne veut pas se soigner a le droit de refuser les soins, ou de changer de médecin. Le fou, non. Sa protestation même pourra être versée au compte de sa folie, c'est à dire de l'ignorance de son mal. Tout praticien de la psychiatrie est affronté à ce choix, à cette décision éthique. Quelle raison va-t-il opposer à la folie de son patient, pour soutenir son acte ?

Comme toujours, la considération de l'histoire peut nous aider à penser notre présent. Il se trouve que les services de psychiatrie du Centre hospitalier Sud Francilien s'inscrivent dans une histoire originale, engagée, et qui a marqué son époque du nom de son promoteur, Lucien Bonnafé. Je voudrais reprendre ce qui me semble être le cap éthique du désaliénisme et qui je crois caractérise notre orientation actuelle.
La leçon éthique du désaliénisme est à mon sens méconnue quant à l'essentiel. Elle met en tension savoir, acte et pouvoir. Elle s'origine dans la double expérience des camps et de la Résistance. J'essaierai d'en faire un bref récit. Elle ne consiste pas en une positivité soutenue par un savoir (l'éthique ne se déduit jamais d'un savoir), mais dans une position critique à l'endroit ou le savoir fait défaut. L'expérience de Saint Alban, la critique de Michel Foucault, l'analyse antipsychiatrique de la logique asilaire, autant de passages par où s'est confortée notre position critique actuelle.

Cette orientation a été poursuivie me semble-t-il par une référence originale à la psychanalyse. A cet endroit, il conviendrait de préciser comment « la psychanalyse » est à l'œuvre au sein des pratiques psychiatriques, ce qui ne va pas de soi. « Psychanalyse pure »? « psychanalyse appliquée » ? psychothérapie ? discours analytique ? Des questions difficiles mais très actuelles se posent à cet endroit.
Je n'aurai pas le temps de les poser dans le détail, mais je voudrais contribuer à tracer des lignes de repères pour une réflexion à poursuivre dans le cadre du colloque à venir. A mon sens, les questions éthiques auxquelles nous sommes confrontés sont inchangées depuis l'origine de la psychiatrie, raison pour laquelle il convient de faire un retour sur l'histoire. Et pourtant elles se renouvellent, selon les rêves de l'air du temps, qui nous affronte à de nouveaux mots, de nouveaux maux, de nouvelles fictions. L'hygiénisme de la « santé mentale » tous azimuts en est la forme la plus spectaculaire

Notre ambition lors du colloque des 2 et 3 décembre est de témoigner à notre mesure et avec d'autres, d'une position éthique. Son souci d'y évoquer la clinique n'est pas la moindre de ses ambitions, et de ses difficultés.

dates des séminaires 2017/2018

02/10/2017, 06/11/2017, 04/12/2017, 08/01/2018, 05/02/2018, 05/03/2018, 09/04/2018, 04/06/2018

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