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Du jeu dans le transfert (intervention faite aux journées de Ville d'Avray sur le psychodrame psychanalytique individuel,le 2 Juillet 2006)

Dramatisation au psychodrame : mettre du jeu dans le transfert

Intervention lors des XVIIIeme Rencontres sur le Psychodrame Psychanalytique Individuel
Aux Journées de Ville d'Avray , Dimanche 2 juillet 2006

Introduction

Conflictualité, dramatisation : les mots clés de l'argumentation proposée par Parick Delaroche pour ces journées de Ville d'Avray, m'ont évoqué quelques scènes de psychodrame où la dramatisation des conflits joués ou sous jacent nous laissaient sans voix. Soit le patient n'avait rien à dire (scène connue et pour laquelle on a quelques parades) soit c'était nous même, avec le groupe de cothérapeutes qui étions incapables de proposer un jeu suffisamment élargi, conflictualisé, pour permettre au patient de se saisir des figurations avancées.

Cette mise en scène de la conflictualité rencontre parfois beaucoup de résistances: celles du patient mais aussi celles des psychodramatistes. Une des plus importante est celle du transfert. C'est cette résistance que je me propose de questionner avec vous aujourd'hui, plus particulièrement celle qu'on appelle inélégamment le contre transfert.

J'essaierai de montrer comment le PPI permet d'en faire un outil de la cure grâce à la créativité proposée par le jeu.

Dans une première partie je vous proposerai une courte monographie de cette question, avant de la mettre au travail avec vous à partir d'un cas clinique.

Mais d'abord qu'est ce que le transfert ?

Le terme de transfert apparaît , mais aux pluriel, dès 1895 dans les «Etudes sur l'Hystérie» et la mésaventure de Breuer avec Anna.O .

Il utilise le terme, au singulier, dans la Science des rêves «La représentation inconsciente ne peut, en tant que telle pénétrer le préconscient, elle ne peut agir dans ce lieu que si elle s'allie à quelque représentation sans importance qui s'y trouvait déjà, à laquelle elle transfère son intensité et qui lui sert de couverture. C'est cela le phénomène de transfert qui explique tant de faits frappants chez les névrosés».

Mais c'est avec Dora, (1905) partie se faire voir ailleurs, qu'il va isoler le transfert:

«l'aptitude des névrosés à produire des symptômes n'est nullement interrompue par la cure analytique ; elle s'exerce par la création de groupes d'idées d'un type particulier, pour la plupart inconscients, que l'on peut désigner par le nom de transferts (ubertragung). Que sont ces transferts ? Des rééditions, des reproductions de tendances et de fantasmes que la progression de l'analyse réveille et doit ramener à la conscience, et qui se caractérisent par le substitution de la personne du médecin à des personnes autrefois importantes».
Et il ajoute cette phrase devenue célèbre :
«Le transfert, destiné à être le plus grand obstacle à la psychanalyse, devient son plus puissant auxiliaire si l'on réussit à le deviner chaque fois et à en traduire le sens au patient». Il découvrira aussi que le transfert, même si on s'y attend, apparaît par surprise et qu'il faut alors, comme il le soulignera plus tard, improviser, terme qui résonne à nos oreilles de psychodramatistes.

Le transfert devient le propre de l'analyse, avec l'apparition d'une nouvelle maladie, la névrose de transfert, dont on peut dire que le symptôme est ...l'analyste!

Mais le patient, auquel on tentera de traduire le sens de son transfert(Dora, oppose, dans sa farouche résistance au traitement, la «réaction thérapeutique négative») qui lui permet, souligne A. Green, d'exprimer non pas tant la haine de l'analyste que la haine de l'analyse.

Enfin rappelons que pour Freud, une analyse sans transfert est une impossibilité excluant ainsi les psychotiques.

Pour Lacan le transfert est demande d'amour. Il propose une relecture du banquet de Platon pour souligner le rôle déterminant du désir de l'analyste; Celui-ci en position de sujet supposé savoir (ce qu'il en est du désir de l'autre) suscite le transfert. L'analyste est donc celui qui soutient le désir d'analyse.

Le contre transfert

C'est en 1910 qu'apparaît sous la plume de Freud le terme de contre transfert: il répond à Jung qui lui fait part des ses relations sexuelles avec sa patiente Sabina Spielrein, en lui disant de se cuirasser la peau pour dominer son «contre transfert».
Freud en donnera une définition plus précise dans un article de la même année «Perspectives d'avenir de la thérapeutique analytique» :
«Notre attention s'est portée sur le contre transfert qui s'établit chez le médecin par suite de l'influence qu'exerce le patient sur les sentiments inconscients de son analyste.»
Il devient moins conciliant qu'avec Jung et ajoute «nous sommes prêts d'exiger que le médecin reconnaisse et maîtrise en lui même ce contre transfert». On connaît la métaphore qu'il propose, celle du chirurgien froid et déterminé, ou celle de l'analyste miroir. Toujours dans «la technique psychanalytique» (conseils aux médecins) Freud reconnaît cependant qu' «aucun analyste ne va plus loin que ses propres complexes et résistances internes ne le lui permettent».


Mais c'est Férenczi (dont Lacan dira «qu'il est l'auteur de la première génération le plus pertinent à questionner ce qui est requis de la personne de l'analyste») qui donne la mesure de la difficulté de ce repérage dans une définition qui me paraît toujours actuelle:
«On se rend compte à quel point le travail psychique fourni par l'analyste est compliqué; On laisse agir sur soi les associations libres du patient et en même temps on laisse sa propre fantaisie jouer avec ce matériel associatif; entre temps on compare les connexions nouvelles avec les résultats antérieur de l'analyse sans négliger, fut-ce un seul instant, la prise en compte et la critique de ses tendances propres..».

Férenczi poursuivra jusqu'à la fin de sa vie l'études des effets du transfert sur l'analyste lui même et les moyens de remédier aux échecs de la cure par l'analyse mutuelle.. C'est dans son journal clinique, ultime travail de Ferenczi(janvier-octobre 1932, il décèdera en avril 1933) qui ne sera publié par Balint qu'en 1975 tant était grande la crainte du scandale, que sont inscrit les courts articles sur cette technique.

Férenczi après avoir constaté, dans les cas où le flot associatif s'était tu, que si par exemple il faisait part de son antipathie personnelle ou physique à l'egard de sa patiente ou encore que s'il revèlait que son attitude amicale antérieure était surfaite, la patiente devenait plus naturelle ,plus agréable et plus sincère.
Mais il préconisait tout aussi bien d'admettre un transfert positif car «l'admettre et le discuter constituent, dans une certaine mesure une protection contre son exagération».
Il suggère que «les deux inconscient s'aident mutuellement, de cette façon.»
«Cette libre discussion avec les patients apporte une sorte de libération et de soulagement à l'analyste, comparé aux pratiques pour ainsi dire crispées et fatigantes en vigueur jusqu'à présent.» (Quel psychodramatiste ne serait pas d'accord avec cela ?).

Férenczi est parfaitement conscient des limites de cette technique, qu'il pousse très loin, proposant de prendre place sur le divan et de mettre le patient en place d'analyste.
Il reconnaît que cela pose surtout des problèmes éthiques tel que le secret professionnel, puisque s'il transmet à son patient ses associations il peut être amené à parler d'autres patients à son analyste de patient ! Bref comme il le note le 16 février 32: «ce serait quelque chose comme une analyse toutes portes ouvertes.»

Ceux seront d'abord ses élèves, Balint en tête, puis les auteurs anglo saxons kleiniens avec M. Little, Paula Heimann et Winnicott bien sûr qui vont reprendre ces problématiques après la guerre.

Alice et Michael Balint s'interroge juste avant la guerre sur l'influence de l'analyste lui même dans la situation analytique qui, disent ils, «est le résultat d'une interaction entre le transfert du patient et le contre transfert de l'analyste», mais ils maintiennent la nécessaire asymétrie du cadre.

Winnicott apporte une contribution décisive en 1947 par sa conférence sur «La haine dans le contre-transfert».
Il parlait surtout du traitement des psychotiques, mais il étend son propos aux névrosés et à la relation mère enfant. Winnicott exprime ce que tout thérapeute de psychotiques, et peut être plus spécialement d'enfants psychotiques, connaît, la reconnaissance de sentiments internes haineux et violents ,qui surgissent brusquement dans la psyché de l'analyste. Il écrit: «je pense que le travail de l'analyste qui entreprend l'analyse d'un psychotique est sérieusement grevé par ce phénomène, et que l'analyse des psychotiques s'avère impossible tant que la haine propre à l'analyste n'est pas parfaitement perçue et consciente».
(Pour Winnicott la haine paraît essentielle et constitutive du sujet; L'enfant a besoin qu'on lui rende «haine pour haine».)

Faut-il pour autant en faire part au patient ? Là dessus Winnicott ne paraît pas trancher franchement même s'il pense «qu'une analyse est incomplète s'il n'a pas été possible à l'analyste (même vers la fin) de raconter au patient ce que lui, analyste, a fait pour lui sans le lui dire alors qu'il était malade, dans les premiers temps. Tant que cette interprétation n'est pas faite, le patient est maintenu dans une certaine mesure dans la position du petit enfant, de celui qui ne peut comprendre ce qu'il doit à sa mère?».

Heinrich Racker, analyste à Buenos Aires, fut un contemporain de Winnicott.

Pour Horatio Etchegoyen, l'apport de son compatriote est essentiel pour comprendre la découverte du contre transfert comme instrument utile au développement de la cure. Il soutiendra que le contre transfert opère de 3 façons: comme obstacle, comme instrument pour déceler ce qui se passe chez le patient, et en tant que champ d'expérience nouvelle.(Il proposera de distinguer un contre transfert concordant et un contre transfert complémentaire.) Pour cet auteur, le contre transfert est «une névrose comme les autres» et il rapporte des cas de véritables maladies contre transférentielles.

C'est à Paula Heimann, en 1949, que l'on doit l'idée que le contre transfert doit être considéré comme un outil et non comme un obstacle à éliminer. Elève de M. Klein qui vient d'introduire le concept d'identification projective,(c'est à dire la possibilité pour un patient d'agir sur le psychisme de l'analyste en y projetant une partie de son propre psychisme), elle pense que le contre transfert «est une création du patient, qu'il est une part de la personnalité du patient».
«Je soutiens la thèse, dit elle, que la réponse émotionnelle de l'analyste à son patient à l'intérieur de la situation analytique constitue son outil de travail le plus important. Le contre transfert de l'analyste est un instrument de recherche à l'intérieur de l'inconscient du patient».
Cependant, elle considère que «l'analyste n'a pas le droit de communiquer ses sentiments à son patient». Il s'agirait là d'une confession qui constituerait pour le patient un trop lourd fardeau .. Bref, l'analyste n'imputera pas au patient ce qui lui appartient en propre.

Margaret Little publie en 1951 son article «conter transference and the patient's response to it», traduit en français par «le contre-transfert et la réponse qu'y apporte le patient »..
Pour elle aussi le contre transfert doit être un outil: transfert et contre-transfert sont inséparables. Elle engage l'analyste à reconnaître les affects parfois violents que son patient suscite en lui et à les reconnaître «en toute sincérité». Elle propose d'en communiquer quelque chose à son patient sinon ce dernier répondra «par identification projective» par de l'hostilité envers son analyste, et conduira soit à une interruption prématurée, soit à une prolongation intempestive de son analyse.

Enfin, Lacan, renversera la perspective.

Pour Lacan, le contre transfert n'est que «la somme des préjugés de l'analyste».
Dans son texte «Intervention sur le transfert» publié dans les Ecrits, il réinterprétera le passage à l'acte de Dora qui interrompt brutalement sa cure par le refus de Freud d'accepter le lien homosexuel de Dora avec Mme K. Pour Lacan, sa tentative de convaincre Dora qu'elle était en réalité amoureuse de Monsieur K, n'était qu'une projection des fantasmes de Freud, un point aveugle de sa psyché. Ce serait le contre transfert qui créerait le transfert. Pour reprendre l'aphorisme lacanien: les résistances sont du côté de l'analyste.

L'analyste n'échappe pas au transfert du patient, il en est le support mais «ce qu'il répond est moins important que la place d'où il répond» c'est à dire la place que lui assigne le Symbolique. Donc toute révélation de l'analyste lui même à son patient ferait basculer la relation en «leurre imaginaire» en un dialogue.


Le transfert est lié au désir, celui du patient, mais avant tout celui de l'analyste, qui est désir d'analyse..
Rappel : Freud écrit dans «Observation sur l'amour de transfert». C'est en effet le médecin qui, en entreprenant le traitement dans le but de guérir la névrose, a déclenché cet amour (de transfert).


D'autres auteurs et non des moindres, Searles, Kohut, Widlöcher,... ont écrit sur cette question. Il serait trop long d'y revenir aujourd'hui.

On peut cependant, à la suite de Horacio Etchegoyen, conclure, que, globalement, les auteurs s'accordent pour dire «qu'il ne faut pas communiquer le contre transfert, que la théorie du contre transfert ne change en rien l'attitude de réserve propre à l'analyste».


Voyons maintenant ce qu'il en est du psychodrame.

Si dans la cure la révélation, certains diront la confession, du contre transfert, est très hasardeuse dans ses effets sur le patient, il me semble que le dispositif psychodramatique autorise plus de liberté.


Souvent les enfants qui nous sont adressés le sont pour troubles du comportement. Car la bagarre, l'insulte, c'est toujours un peu «psychodramatique».

Cyrius était de ceux là. A 10 ans l'école avait déjà appeler les pompiers plusieurs fois, aux urgences il avait fallu se mettre à plusieurs pour lui faire une injection pour le calmer (il était neuroleptisé). Il suscitait chez sa maîtresse (et sa mère) de tels mouvements de haine qu'elle avait porté plainte contre lui. Un début de signalement avait été fait par l'AS de secteur pour parents maltraitants (la mère évoquait son origine africaine pour justifier l'utilisation d'un martinet..). Mais il n'y avait pas eu de suite.

Cyrius se présentait comme un garçon charmant, souriant et intelligent, sans aucun élément pouvant évoquer une psychose. Son discours est très banalisé, les autres l'embêtent ,il n'y est pour rien. La mère, qui a une fille aînée de 20 ans, d'un premier lit, reproche à son mari de lui avoir «pris sa place de mère» ce que ne conteste pas ce dernier, qui se décrit comme très maternel.
Cyrius accepte le PPI et très vite nous allons ressentir un malaise et une grande difficulté à jouer. Cyrius nous propose des scènes récurrentes de conflit très violents à l'école entre ses camarades et lui, dont il n'était en rien responsable et qui se concluaient invariablement par l'arrivée de la maîtresse hors d'elle et menaçant de le frapper. Quand nous proposions un autre scénario il nous disait son désaccord. Malgré tous les divers intervenants que je faisais entrer en scène (le père ,le directeur d'école ,le juge, etc..)rien n'y faisait. Il y a très peu de scènes à la maison.


Nous étions rapidement partis sur une hypothèse de perversion chez cet enfant devant
sa propension à défier l'autorité et la jouissance manifeste qu'il en tirait, sa recherche de punition corporelle donnée par sa mère (avec un martinet) notre propre malaise à jouer les scènes de violence proposées par Cyrius et auxquelles il prenait grand plaisir, l'impression que nous étions instrumentalisés, l'intelligence enfin de ce garçon souriant, et poli, toujours d'accord avec nos très subtiles interprétations!

La violence et le rejet qu'il suscitait en nous nous empêchait de jouer le conflit père-mère dont il était l'objet. Nous étions devenus incapables de penser une quelconque conflictualité, une quelconque ambivalence d'affects; Nous étions dans un relation imaginaire, c'était lui ou nous! Je me sentais de plus en plus impuissant.. très mal à l'aise, mis en position de voyeur.... Malgré les reprises avec les collègues et la lecture assidue de l'essai passionnant que consacre Gilles Deleuze à l'œuvre de Sacher Masoch, rien ne venait troubler les répétitions des mêmes scène de punitions. Pour Deleuze, le masochiste attend de son bourreau qu'il fasse son office!
C'est également la place dans laquelle me mettait le père qui me demandait à chaque fois que je le rencontrais de : «le mettre au pas, lui apprendre la musique, etc...».

Je demandais alors à un collègue, à l'occasion d'une scène proposée par Cyrius, de jouer mon rôle de meneur de jeu incapable, traversé de mouvements affectifs contradictoires et violents mais pétrifié par la toute puissance ou toute jouissance de son patient.
Un acteur joua le double de Cyrius pour verbaliser ce que ce discours produisait sur lui.

Cyrius écoutait très attentivement: il n'avait plus son sourire moqueur, plus même, on le sentait se déprimer. Notre impuissance et notre désarroi était peut être le sien. Notre fascination devant la violence de la maîtresse était peut être la sienne devant la scène primitive parentale. Il nous les faisait jouer à son insu.

A partir de ce moment là, les résistances transférencielles et contre transferencielles s'estompèrent: le conflit pu se déplacer. Il apparu que le père lui interdisait de parler à sa demi sœur (fille d'un premier lit de sa mère) comme rétorsion dans le conflit qui l'opposait violemment à sa femme. Cyrius se sentait écartelé entre son amour pour sa sœur et pour son père. La mère, maîtresse femme, maintenait son mari dans une place de rivalité infantile. Cyrius nous déclara (textuellement!) vouloir «être l'avocat de son père,le défendre». C'est ce qu'il fit en parlant à sa mère, et de manière sublimatoire à l'école où après avoir été celui par qui le conflit arrive, il devint délégué de classe..
Le contact avec Cyrius a alors totalement changé, il nous étonna par sa finesse et son intelligence et il put nous quitter au moment où ses parents (à ma grande surprise) entamèrent une thérapie de couple.

Discussion

Le ppi réussirait il là où la cure classique échoue souvent: lever les résistances de l'analyste que le patient lui même entretient...souhaitant inconsciemment qu'il s'y englue?
Quel soulagement et quel plaisir,(on l'oublie souvent) pour le cothérapeute qui joue l'analyste-meneur de jeu, de parler librement des affects suscités par la pathologie du patient, d'associer, dans le cadre du discours du sujet bien sûr, sur ses propres représentations; Tout cela lui est interdit dans le la cure type. Ferenczi aurait fait un excellent psychodramatiste, lui que P. Delaroche désigne parfois comme l'ancêtre du PPI..

Dans la cure type, révéler au patient les affects, représentations, association d'idées que suscite en nous son discours peut parfois être nécessaire: je pense par exemple à l'émotion ressentie à l'annonce d'une grave maladie, à la mort d'un proche qui nous l'était aussi forcement un peu.. C'est un exercice périlleux, où il faut prendre en compte même la position physique dans laquelle on parle, dans le fauteuil hors le la vue du patient ou debout, incarné. Cela c'est le PPI qui me l'a appris.

C'est parce que nous jouons ensemble (pour reprendre le titre d'un ouvrage collectif dirigé par P Delaroche) nous et le patient, dans ce «rêve imparfait» comme l'appelle G.Bayle, que cela est possible. Car si les acteurs sont des doubles du patient (comme les personnages d'un rêve), ils peuvent aussi être les doubles du meneur de jeu. Il faut faire confiance à la créativité de chacun et retrouver alors la notion de contre transfert instrument de la cure et création du patient lui même. Comme dans le jeu du squiggle chacun est appelé à tour de rôle(c'est le cas de le dire) à y mettre du sien.


Au PPI la créativité est porteuse de sens. Les cothérapeutes, dans leur écoute analytique de la scène proposée par le patient, improvisent et devinent (comme le souligne C. Müller dans «l'énigme, une passion freudienne», Freud remarque que le transfert doit être deviné) les conflits et les clivages. Ils utilisent l'effet des paroles du patient sur leur propre inconscient et en jouent.
Ils prêtent leur espace psychique et relancent les processus de refoulement là où il y avait déni et clivage. L'improvisation, certes maîtrisée, du jeu psychodramatique, favorise la verbalisation de représentations, jusque là inconscientes.(Je me souviens d'un psychotique gravement malade qui, dans le jeu, se rendait compte de ses lapsus..!
Cet échange d'inconscient à inconscient échappe à la relation imaginaire « au leurre de la relation duelle » (Lacan) grâce
- d'une part l'auto-analyse des cothérapeutes (ceux sont des analystes)
- d'autre part, le dispositif lui même, le meneur de jeu à qui s'adresse la scène jouée, et à travers lui, au grand Autre garant de la symbolisation.

Le contre-transfert, effets du patient sur l'analyste et qui encombre celui-ci dans son «attitude professionnelle» (Winnicott Le contre transfert 1960) devient un instrument au bénéfice de la cure.
(Est ce comme si l'analyste ressentait en lui même ce dont le patient souffre sans même en avoir conscience?)

On n'est pas loin du concept de Subjectivation, initié par Raymond Cahn (qui je vous le rappelle a écrit La psychanalyse sans divan), qu'il définit par «la visée même du travail de psychanalyse, soit la reconnaissance et l'appropriation par le sujet d'éléments jusqu'alors refoulés, exclus ou apparemment indifférents ou secondaires et revêtant en réalité une importance insoupçonnée». Il poursuit par ce qui pourrait à notre avis être une définition du PPI telle que je le conçois «les fantasmes émergent tout autant de l'interaction entre les deux inconscients, de l'analyste (et j'ajouterai des cothérapeutes) et de l'analysant; Chacun se saisit des représentations et des sentiments fournis par l'autre pour les mêler aux siens propres et pour élaborer un fantasme dont pourra être déduit le fantasme inconscient de l'analysant.»


Conclusion /Résumé :

Il est difficile d'échapper aux effets du discours du patient sur l'analyste lui même.
Cet effet est flagrant dans le cas de patient psychotique ou pervers.
Le maniement du contre transfert dans la cure type expose au risque de la relation imaginaire (Lacan).
Le PPI, de par son dispositif et parce qu'il laisse la créativité de chacun avec ses différents points aveugles offre la possibilité d'expérimenter du « je » dans le transfert.

Dr R. Le Moigne

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