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Appel des appels : après les pétitions, place à l'action (issu de Médiapart)

Le Syndicat de la magistrature et le collectif Sauvons la recherche
sont aujourd'hui aux côtés des initiateurs d'une trentaine de pétitions
qui, dans une semaine, tiendront le premier meeting de
l'Appel des appels (voir la liste des premières pétitions signataires
sous l'onglet Prolonger de cet article).
Ce mouvement qui entend fédérer les colères sociales et les
multiples inquiétudes catégorielles réveillées à la suite des réformes
engagées ou annoncées de l'Education nationale, l'audiovisuel
public, la santé, la justice se réunira le 31 janvier, de
10 à 18 heures au Cenquatre à Paris, 104, rue d'Aubervilliers.
Il envisagera alors les actions à mettre en oeuvre pour alerter sur
«les conséquences sociales désastreuses des réformes hâtivement
mises en place ces derniers temps tant à l'université qu'à l'école,
ou dans les services de soins et de travail social, dans les milieux
de la justice, de l'information et de la culture» . Ce jeudi 22 janvier,
l'Appel des appels a recueilli pas loin de 20.000 signatures.
Dimanche 18 janvier, ils étaient une vingtaine, dans un appartement
du XIe arrondissement de Paris, à penser l'organisation
de cette première journée de rassemblement. «Ce collectif de citoyens
pallie la déficience du politique», remarquait Roland Gory,
psychanalyste et professeur de psychopathologie à l'université
d'Aix-Marseille (Bouches-du-Rhône), à l'initiative avec Stefan
Chedri, psychanalyste et enseignant à l'université de Paris-IV, de
cette convergence.
«En temps normal, on aurait pas besoin de ce collectif, précisait
Marie-Josée Mondzain, sociologue et directrice de recherche au
CNRS. Mais aujourd'hui, on a le sentiment qu'il faut aider les
partis politiques à comprendre ce qui se passe. On a besoin de
cet appel pour qu'ils prennent en compte nos préoccupations et
pour sortir des impératifs économiques qui sont aujourd'hui le
seul étalon du travail tant en matière de recherche que de soins,
d'éducation, de justice.» Même la police doit aujourd'hui faire
«du chiffre et non plus de la prévention» , renchérissait David De
Pas, du syndicat de la magistrature.
Mais comment organiser une telle journée et faire en sorte qu'elle
ne serve pas seulement à enregistrer des plaintes mais qu'elle permette
d'engager des formes d'actions politiques ?
«Malaise contemporain»
«En mettant en commun nos constats et nos doléances, nous pourrons
aussi identifier les valeurs auxquelles nous sommes attachés,
ces valeurs qui fondaient jusqu'alors nos missions. La vie ensemble
ne peut pas se résumer à la consommation, à la circulation
de marchandises. Il faut retrouver du sens», poursuit Marie-Josée
Mondzain.
Pour ce faire, la journée du 31 se déroulera en deux parties.
Le matin, des interventions permettront de dresser les contours du
«malaise contemporain» en huit domaines : la culture, l'information,
la justice, la prévention et le médico-social, l'éducation, la
recherche et l'université, l'hôpital et le soin «somatique» et enfin
le soin psychique et la santé "mentale".
Parmi les intervenants : Laurent Mucchielli (directeur de recherche
au CNRS), Isabelle This Saint Jean (Sauvons la recherche),
David De Pas (syndicat de la magistrature), Philippe
Meirieu, la psychanalyste Nathalie Georges-Lambrichs...
L'après-midi, tous ceux qui souhaiteront apporter spontanément
leurs témoignages pourront s'adresser au groupe référent.
Et, tout au long de la journée, Marie-Josée Mondzain et le psychanalyste
Karim Sarroub centraliseront ces interventions afin de
rendre, quasiment en temps réel, un premier état des lieux visant à
mettre «en évidence la logique sous-jacente à cette casse sociale
et orienter les actions à venir» .
«Le 31, tout ne va pas être fait, il faut aussi laisser du temps au
débat. Mais des gens de milieux différents pourront partager, discuter
», précise Karim Sarroub. Et se rassembler permettra aussi
de «répondre au dénigrement systématique, poursuit Isabelle This
Saint Jean. Parce que nous contestons les valeurs qui sous-tendent
l'évaluation par exemple, nous sommes toujours accusés de corporatisme,
voire d'idéologie. Or c'est une façon de faire taire
toute critique sociale, d'interdire toute pensée.»
D'ores et déjà, une autre réunion est prévue le 21 mars pour poursuivre
les réflexions et «passer du mode pétitionnaire au mode
actif» . Des actions plus concrètes sont envisagées, comme s'engager
dans une désobéissance administrative qui de l'école à l'hôpital
pourrait gripper la machine à évaluation.
- L'Appel des appels, samedi 31 janvier de 10 à 18 heures au
104, rue d'Aubervilliers, Paris XVIIIe.

Par Sophie Dufau

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