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Séminaire de l'année 2017/2018 "Renconre et construction". Lundi 2octobre 2017 à 10 h à CANOPE

SEMINAIRE DE L'AGORA

M. TERKI
Psychiatre de secteur 91 I 03

« Clinique de l'ordinaire »
Pour introduire le séminaire de l'année sur le thème de la rencontre, j'ai souhaité partir de la littérature et dérouler le fil d'un texte très poétique de Jeanne Benameur : Les demeurées.
C'est l'histoire de l'amour absolu d'une mère pour son enfant. Un amour sans faille, immuable, niché au creux du corps. La mère, « on l'appelle La Varienne, qui sait pourquoi ! ». La fille, c'est Luce, tout court. C'est comme ça que sa mère l'a appelée et ça suffit. Ensemble, elles habitent un univers clos où même les objets du monde doivent être apprivoisés. Rien ne les sépare, pas même le regard ou la voix. Elles demeurent.
C'est une rencontre avec une institutrice qui va bouleverser la vie de ces deux êtres emmurés dans l'immensité de leur amour, autant qu'elle bouleversera celle qui croit qu'on peut faire accéder les êtres au savoir malgré eux.

Ce très beau texte déploie avec beaucoup d'intuition et de délicatesse la complexité du vivre ensemble autant que la poésie de l'ordinaire.Effet pétrifiant de l'assignation, résistance au savoir, conflit de loyauté, sont autant de questions qui animent notre pratique quotidienne, et lorsqu'elle advient, la rencontre comme évènement qui échappe à toute maitrise.
Au gré de cette déambulation j'esquisserai, non pas une analyse, mais une lecture subjective de ce texte en ce qu'il a fait écho pour moi à la clinique de l'ordinaire.

Lundi 2 octobre 2017 à 10 heures.
Au 2ème étage CANOPE.


Argument de l'année 2017/2018 :

« Rencontre et Construction »


Le thème proposé pour cette année fait suite aux « espèces d'espaces » déclinés sur deux ans à partir d'un lieu impossible : le lieu originaire qui encadrerait l'enfance du souvenir. Perec pose la question de l'espace depuis le lieu du doute. D'un lieu perdu de l'enfance à la mise en question radicale de toute permanence de l'espace, Perec est animé par la nécessité d'une reconquête d'un espace qui pourrait s'écrire et se construire. Nous avons donc décidé d'interroger les espaces de paroles (condition de la clinique) à partir d'un doute méthodologique. Aucun concept d'espace ne pourra venir clôturer notre théorisation qui devra se nourrir d'un croisement disciplinaire : (psychanalyse, architecture, astrophysique, anthropologie, sociologie...).
De quel espace parle-t-on ? Quelles sont les coordonnées pour le définir ? Différents domaines des sciences humaines ont amplifié notre question et laissent apparaître, dans le domaine qui est le nôtre, un signifiant non conceptualisé et pourtant irréductible de notre travail quotidien : la rencontre.
La définition du Robert repère une évolution sémantique : d'une terminologie guerrière du XIIème siècle (combat), la rencontre devient une circonstance fortuite par laquelle on se trouve dans une situation, une conjoncture, un hasard, une occasion. Ce n'est que par extension que le nom commun « rencontre » vient signifier un contact organisé entre deux individus.
Tout comme l'espace pour Perec, la rencontre est ce qui pourrait dans une certaine altérité se reconnaître, s affronter, se construire. Il y a dans la rencontre, telle que nous souhaitons la décliner cette année, quelque chose qui excède la déclinaison des rencontres vécues et l'espérance des rencontres possibles. Que peut-il arriver lorsqu'une rencontre humaine advient ? Quel changement se produit pour chacun lorsqu'il devient possible de mettre en partage ses propres points d'imprévu ?
Nous nous confrontons quotidiennement dans notre pratique à la nécessité de créer, reconstruire, restaurer un espace de paroles même lorsque, celle-ci n'est jamais advenue. L'accueil de l'autre, le travail de la demande et son adresse convoquent plus d'un autre, notre espace, notre temps.
La position de notre question se situe en amont des mutations contemporaines des modalités de rencontre. Alors même que les espaces de rencontres réelles ou virtuelles se multiplient, que les sites de rencontres circonscrivent et apprivoisent le risque de l'autre par le calcul algorithmique, nous souhaiterions nous interroger au plus près de ce qui fait évènement dans la rencontre. Cette formulation implique la reconnaissance d'un pari du sujet qui va nous amener à explorer certains présupposés de la rencontre dans la philosophie et dans la psychanalyse.
De Freud à Lacan, la question de la rencontre avec l'autre est ce qui va déterminer la constitution du sujet. Vivre, c'est expérimenter ce qui résulte de la rencontre comme potentialité. La représentation de l'autre dans la réalité psychique du sujet nous conduira à questionner les notions de fantasme et de trauma. Le traumatisme (qu'il faut distinguer du trauma freudien) peut-il être la conséquence d'une mauvaise rencontre ? Y a t il rencontre dans le traumatisme ?
La spécificité du questionnement philosophique permet de problématiser autrement les questions qui nous animent au quotidien. Penser ce qui de la rencontre se construit c'est d'abord penser l'articulation entre rencontre et construction. Pour cela, nous nous appuierons sur certains concepts de la philosophie contemporaine : Deleuze (déterritorialisation, supprimer les frontières), Levinas (le oui inconditionnel à l'autre, la responsabilité de l'autre), Heidegger (le Dasein comme être-avec), Badiou (la construction dans l'altérité de l'amour). Dans la République, Platon pose l'amour comme condition préalable à la philosophie. Toute rencontre est-elle déterminée par l'amour ? Est-il possible de penser la rencontre amoureuse en-dehors de ses manifestations esthétiques ? Quelle place prend la rencontre dans la création artistique ? L'art n'en serait-il qu'une métamorphose possible ?
Psychanalystes, philosophes, artistes seront invités à partager la façon dont ils reçoivent cette question et à venir ajouter quelques dimensions à ce nouvel espace.

→ posté le 26 septembre 2017.

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